2CV magazine n°132 : 2 CV A 1950

Scène vécue jeudi 7 novembre 2019, vers 15 h 30 à Gennevilliers, en région parisienne. J’emmène ma 2 CV 6 Club au contrôle technique (une Beige Nevada 1979, pour ceux que ça intéresse). Je suis en vue de la rue Henri Vuillemin. Plus que deux cents mètres avant d’arriver au garage, cent mètres, cinquante… Et là, le drame ! Surgis de nulle part – c’est-à-dire d’une Mégane banalisée –, deux hommes me font signe de me ranger. Avec leur brassard orange, je suppose que ce n’est pas pour me demander l’heure : « Bonjour, veuillez présenter vos papiers d’identité et les documents du véhicule ». L’affaire s’engage mal. Mes papiers sont en règle, ceux de la voiture aussi. Mais je n’ai pas le droit d’être là. Je n’ai pas de vignette Crit’Air, et d’ailleurs, je n’ai pas de vignette du tout. J’ai demandé à passer en carte grise collection, mais mon dossier est en attente. Bref, je suis en faute.

Comme ma portière est bloquée depuis quelques années, je sors côté passager et j’en profite pour faire tomber ma canne bloque-volant : « Vous savez que c’est interdit ce genre d’objet. On peut tuer quelqu’un avec ça. C’est une arme par destination. » C’est parce que je crois aux miracles que justement, à cet instant précis, il s’en produit un. Il prend la forme d’un dialogue que j’entends derrière moi. Deux motards de la Police Nationale en patrouille viennent de s’arrêter : « Mon beau-frère en a une. Plus vieille, avec les phares ronds. Une grise. » « Ça se traîne, non ? » « Oui, mais c’est plus sympa que les bagnoles modernes. C’est bien cette canne parce qu’on a essayé deux fois de lui piquer sa bagnole. Ils ont cassé le volant, mais c’est tout. Bonjour, Monsieur, c’est quel modèle ? » Et là, j’ai senti que mes ennuis étaient terminés. Intrigués peut-être, amusés sûrement, ceux de la Mégane banalisée ont tourné autour de ma voiture. J’ai ouvert le capot moteur (« quoi ? ça s’ouvre de l’extérieur ? »), ouvert le coffre aussi. Côté boîte à gants, ils ont vu tout de suite qu’il n’y avait rien de dangereux à part une bombe antibuée et mon gilet jaune (l’obligatoire, pas l’autre…).

Ils faisaient leur métier, ils n’avaient pas envie d’être rosses, sans doute parce qu’une 2 CV n’inspire aucune agressivité. Cela étant, j’étais en infraction totale, complète et caractérisée. L’officier m’a expliqué que « là, aujourd’hui, tout de suite », j’en avais au moins pour 135 euros d’amende avec immobilisation du véhicule. Juste histoire de rappeler qu’il existe des lois, que personne n’est au-dessus. J’en ai profité pour leur demander qui avait inventé celle interdisant d’avoir un bloque-volant dans sa voiture : « Ce n’est pas interdit, Monsieur, mais c’est inscrit dans le Code pénal. Même un oeuf ou un légume peuvent servir d’arme par destination. » Avis aux ménagères : planquez vos artichauts et vos endives ! La séquence a duré dix minutes, peut-être plus. C’était bon-enfant. Je n’ai pas été verbalisé. Je les en remercie. Je le dois un peu à ma 2 CV. Il n’y a pas que la musique qui adoucit les moeurs. Certaines petites autos ont aussi ce pouvoir. Évidemment, j’ai loupé mon rendez-vous au contrôle technique. Un 4×4 m’est passé devant. Et aussi une C5. Bon, lui, je ne lui en veux pas. Entre Citroënistes…

Philippe Hazan, rédacteur en chef

Au sommaire de ce n°132 de 2 CV magazine :

Essai : 2 CV A 1950
Pièce d’identité : 2 CV AZLP 1959 équipement Radioën
Spécial Index 2 CV magazine : la liste de toutes les 2 CV (et dérivés) traitées dans le magazine depuis 1998, soit 474 véhicules
Catalogues d’époque : Dyane, juillet 1967

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