2CV magazine n°131 : 2 CV 6 Club 1988 modèle allemand

En cette année du Centenaire, en voilà une qui est passée sous les radars. Nous avons quelque peu délaissé l’Ami 8 dont c’était le 50e anniversaire. Nationale, La Ferté-Vidame, Mondiale… La place nous a manqué. Nous nous rattraperons bientôt. Ce modèle vaut la peine qu’on s’appesantisse sur son sort. Lequel fut loin d’être funeste, quoi que l’on dise : il se vendit à 756 000 exemplaires en neuf ans (Berline et Break confondus), ce qui est loin d’être déshonorant.

On ne parle pas assez de l’Ami 8. C’est un tort. Quand l’Ami 6 fut dépassée en chiffres de ventes par le break, on crut que les jours de cette attachante berline à lunette arrière inversée étaient comptés. Citroën s’en serait volontiers débarrassé dès 1966, quand les commandes amorcèrent une courbe descendante, tandis que la version break, commercialisée en 1965, connaissait un succès que personne n’avait prévu. Évidemment, sortir du catalogue en 1966 une voiture lancée en 1961 était inconcevable. C’est ce qui sauva la berline Ami 6. Sa résistance fut héroïque jusqu’à la fin de l’année 1969 durant laquelle moins de 4 400 unités furent écoulées. Un désastre.

Missionnée pour la remplacer, l’Ami 8 ne créa aucune surprise, ni bonne, ni mauvaise. Robert Opron était désormais patron indiscuté du Style. L’Ami 8 fut sa première réalisation intégrale. Avec un budget limité, il reçut du P-DG Pierre Bercot la consigne de réaliser une voiture de transition, une voiture sans tapage, une voiture rassurante… Même le hayon arrière fut refusé. Il « feinta » en le dessinant quand même. L’astuce consistait à faire croire qu’il y en avait un, alors qu’il n’y en avait pas. Le public apprécia, puis déchanta en s’apercevant que cette auto était tout, sauf pratique. Quelques mois plus tard, le break arriva et les choses rentrèrent dans l’ordre.

Aujourd’hui comme hier, l’Ami 8 ne soulève pas les passions, mais dès les premiers kilomètres, on l’adore positivement. Les sensations sont proches de la 2 CV, mais son confort est incroyablement supérieur. Feutrée, insonorisée, presque silencieuse, elle devait drôlement surprendre celui qui sortait d’une 2 CV, s’étant laissé tenter par un crédit supérieur et une ascension sociale bien méritée. Pour peu qu’il ait opté pour la version Club, le comble de la félicité n’était pas loin. Sièges séparés réglables en inclinaison, généreusement rembourrés, recouverts de skaï et tissu, tapis moquette, aumônières sur les côtés, contre-portières assorties à la teinte de la sellerie, autoradio (certes optionnel), haut-parleur sur le tableau de bord… Avec l’embrayage centrifuge (autre option…), le tapis volant n’était pas loin. Vraiment, cette voiture n’avait aucun rapport avec l’Ami 6 et encore moins avec la 2 CV.

Au mois de septembre 1972, l’Ami 8 et sa grande soeur, l’Ami Super à moteur GS, devinrent les premières Petites Citroën disponibles dans une gamme de coloris métallisés dit « brillant direct non verni ». Ces teintes étaient proposées en option. Elles n’étaient pas données, loin de là. Citroën réalisait des économies d’échelles puisqu’elles étaient également disponibles sur les GS, DS, SM puis sur la CX, mais la clientèle n’était pas prête pour ce genre de gracieuseté. C’est d’ailleurs pour cela que les Ami 8 « métallisées » sont rares : à l’époque, il ne s’en vendit presque pas.

En 1978, l’Ami 8 disparut sans faire de vaguelettes. On ne peut pas dire qu’elle fut réellement regrettée. Pourtant, elle s’en était mieux sortie que l’Ami Super restée trois ans au catalogue. Elle avait même enterré l’énigmatique M35 à moteur Wankel qui avait eu l’outrecuidance de lui emprunter sa carrosserie. Peugeot était aux commandes, il était temps de passer à autre chose. Comme son moteur avait une certaine valeur, il fut conservé sur la Visa et sur la 104. Puis, la page fut tournée définitivement. Increvable, inoxydable, inattaquable, il n’en resta plus qu’une sur le théâtre des opérations. Toujours la même et pour encore longtemps : la 2 CV.

Philippe Hazan, rédacteur en chef

Au sommaire de ce n°131 de 2 CV magazine :

La 2 CV Blackjack
Portfolio : Coutainville 1962
Pièce d’identité : 2 CV AZ PO 1955
2 CV 6 Club 1988 modèle allemand
Raid : Sicilia Méhari 2019, etc.

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