2CV magazine n°126 : 2CV AZU 1963

Vous avez vu la couverture de ce numéro ? Il y a longtemps que nous n’avions pas essayé une 2 CV équipée d’un « moteur gonflé ». Il faut dire qu’elles ne courent pas les départementales ces voitures-là. Cette Fourgonnette avec tubulure Byno et kit Brétille 500 cm3 nous a replongés à la grande époque des « magiciens ». Accessoiristes, garagistes, préparateurs, ils avaient compris que « tout homme du XXe siècle qu’il était », le propriétaire d’une 2 CV, au milieu des années cinquante, était au bord de la crise de nerfs ! Exaspéré par le manque de puissance d’un bicylindre que Citroën – dans son infinie munificence – avait passé de 375 à 425 cm3, certains clients étaient prêts à tout pour obtenir davantage de nervosité, quelques kilomètres-heure supplémentaires… Un petit quelque chose, quoi ! Retour aux années 1954-1955. La puissance du moteur 425 cm3 évolue – que dis-je ? se propulse – au chiffre impensable de 12 chevaux réels. Trois de plus que le 375. Pas de quoi repeindre le plafond de la Sixtine. C’est mieux que rien, mais c’est mou quand même ! Le temps est venu pour les préparateurs de sortir du bois. Dès la commercialisation de la 2 CV en 1949, ils ont flairé le filon. Puisque Citroën limite volontairement la puissance en freinant le passage des gaz, il n’y a qu’à changer les collecteurs d’admission et d’échappement, et à remplacer le carburateur. Votre moteur est anémique, on va s’en occuper ! À coups de « réclames » dans les journaux, les spécialistes de la gonflette rivalisent d’audace : « Les cylindres 500 cm3 DP augmentent la puissance et donnent l’accélération en montée », « L’équipement Dopsy offre reprises sensationnelles, côtes montées en souplesse en 4e et reprises superbes », « Grâce à la tubulure Tubul, la puissance grimpe de 15 à 20 % ». Le 375 cm3 n’est pas oublié « Avec le Byno, vous ferez facilement le 80 à l’heure, votre voiture aura la souplesse d’une 4 cylindres ». Les établissements Chambrin n’ont peur de rien. Ils affirment dans un quotidien régional qu’une 2 CV 425 cm3 préparée chez eux peut atteindre « 130 km/h et 8 000 tours ». L’Auto- Journal les prend au mot et procède à un essai. Verdict de l’anneau de Montlhéry : 98 km/h ! La fin de l’article est lapidaire : « Nous ne pouvons nous prononcer sur la longévité d’une 2 CV ainsi équipée ». Il aurait fallu ajouter « … ni sur celle de ses occupants ».

Si les motoristes se penchent sur l’accroissement de la puissance, ils ne s’occupent guère d’améliorer le freinage qui n’est pas – loin s’en faut – la qualité première de la 2 CV en ce temps-là. C’est même l’un de ses défauts majeurs. Et encore, avec une mécanique de série ! Ce que veut la clientèle, c’est aller plus vite, toujours plus vite. Il faut lui en donner pour son argent, d’autant que ces préparations spéciales coûtent cher. Ce que ne disent pas les publicités, c’est que les moteurs Citroën les digèrent mal. Sur le 375, la tubulure Byno traîne derrière elle une « mauvaise réputation », la Summus « troue les pistons », la Fougère double carbu est « impossible à régler » et la Speed « affole les soupapes ». Pourquoi ne pas augmenter la cylindrée, tout simplement ? En 1965, la 2 CV reçoit enfin un moteur 602 cm3, celui de l’Ami 6. Les propriétaires respirent ! Enfin, ceux qui habitent en Belgique. C’est la filiale belge qui a eu cette brillante idée. En France, la 2 CV n’aura le sien que cinq ans plus tard, en 1970. Même la Dyane en a bénéficié dès 1968. Quant aux sorciers de la tubulure, ils sont passés à autre chose. Ou ont disparu, tout simplement. En 1970, une 2 CV, ça ne se « gonfle » plus…

Philippe Hazan, rédacteur en chef

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